BEAU BEL ET BIEN

070a44620ab6891e2e357c469b6af24a

BEAU BEL ET BIEN

Je sais avoir découvert le Beau tout petit. La Beauté dans son ensemble, incommensurable espace , qui ne se réduit pas dans l’attente que j’en ai, se réduit en revanche  dans l’esprit de ce que l’Homme en fait . Pas besoin de recherche, au premier regard j’en ressens la présence ou l’absence Reposant sur le fondement esthétique inné, ça se cultive à partir de son concept philosophique.

La vérité ? Je ne triche pas avec.

Les coups de marteau des artisans de la Rue de Verneuil m’ont appris qu’un fauteuil Louis XV ne pouvait pas exclure l’âme de la gouaille des blanchisseuses troussées dans la vapeur des coups de battoir. Levant le nez, les façades donnent une allure aux chambres sous les toits, qu’un faux-cul de bourgeoise n’aura jamais. Il y avait des avaleurs de sabre dans mes grands-boulevards, mais je n’ai retenu que les soupirs des bancs publics. Des réverbères se penchant la tête à nager dans la Seine, il me reste les lucioles faisant le tour du cimetière. La lune déshabillée une nuit entière, quel voyage à respirer l’aisselle pour que le rêve ne s’évanouisse pas. Et une découpe d’arbre en silhouette d’une ombre chinoise, c’est quelque part Léo qui ouvre son piano aux indigents de la pensée traversière. On ne fait que passer, mais ma parole j’suis sûr que ça fait plusieurs fois que j’reviens.

J’ai arrêté le long du trottoir, regardé tout au fond de mes yeux, ai coupé le contact, sans enlever la clef. La glace restée baissée a laissé entrer l’odeur.

Niala-Loisobleu – 15 Août 2017

Au cœur de l’Arbre

img_1879

Au cœur de l’Arbre

Alors que le soleil n’était pas au plus haut et qu’un vent frais jouait au bord de son jupon, l’arbre sentait bien d’où lui venait ce trouble. Il était à l’une des belles pages de son livre. La musique de la chair de poule courait ses branches. Excitant le suc du fruit rond passant par là gamme chaude des pelures ayant envie d’être mordues, léchées, aspirées par appétit erotique Arrivé au chapitre intime qui porte le regard au-delà des phrases. Envolé. A tenir d’un seul vouloir toutes  les feuilles illimitées.

Niala-Loisobleu – 14/08/17

 

UN CAILLOU DANS LA POCHE 3

P1050404.jpg

UN CAILLOU DANS LA POCHE 3

La plage endormie laisse toute la place au silence qui parle. Etoile de mer au sein. Shérif la prison vide ne tourne pas la pensée au râtelier à fusils. Il y aura toujours des méchants pour endeuiller les robes de mariées. Restes donc seulement nue. L’habit ne pourra pas alors trahir ta parole, te gardant nette, en donnant à l’encre de ta peau ta nature véritable. Sillons d’argent des mots. Le trait vif de la nageoire, respire à pleins poumons par ses ouïes. Montant l’échelle de corde reliant nos ponts, l’air nous tient en lévitation ancrés l’un dans l’autre. Les pierres lapidaires en triant les défauts de pureté, polissent la façade pour valider l’intérieur. Vertébrale charpente qui fait vibrer les hanches des hauts-bois. Que le mouvement des seins métronomes dièse. Un murmure laisse entrer l’unisson sur sa langue.

Niala-Loisobleu – 12 Août 2017

 

Un Caillou dans la Poche 3

2017 – Niala – Acrylique s/Canson Aquarelle, encadré s/verre 30×40

UN CAILLOU DANS LA POCHE 2

P1050398

UN CAILLOU DANS LA POCHE 2

Des tourbillons peuvent  soudainement arrêter le courant, plongeant la Lumière dans l’étranglement. Les nuits de pleine-lune sont friandes de ces complications paradoxales. Alors qu’on y voit comme en plein-jour, des éboulis invisibles vous bloquent la voix. Respiration coupée la forêt bat des branches, étouffée par des blocages de la sève respiratoire.

La Voix Bleue sort l’enfant du cauchemar dans lequel ses jambes trop petites n’arrivaient pas à sauter le barrage.

Par la face du carreau, on peut voir le fond du Sel. Les moulins à ô tiennent toujours l’aube à portée de la clef de sol. Ce qui sombre est étranger à ce qui coule, quelque soit la nature du courant.

La gorge se désobstrue. La page est à l’ouvrage, Encre levée. Entends comme le caillou respire dans la poche.Son poumon. L’Oiseau-Coeur respire à plein vent.

Niala-Loisobleu – 12 Août 2017

P1050397

Un Caillou dans la Poche 2

2017 – Niala – Acrylique s/Canson Aquarelle, encadré s/verre 30×40

Mise à Jour d’UN CAILLOU DANS LA POCHE 1

P1050393

Mise à Jour d’UN CAILLOU DANS LA POCHE 1

« La marée on l’a dans le coeur », tu l’as si profondément chanté Léo, que même l’imbécile que je suis ne pourrait s’oser à en douter. Le bruissement du sel quand ça vous secoue le coeur, rien de ce qui peut se prétendre être anti- séisme n’y résiste. La plage se creuse d’émoi d’été passé, descendant au plus creux de sa cavité reprendre du sel au sein. Le grenier tenant le poids du ciel d’une charpente chenue. Bon cru, on ne change pas la bonne qualité de l’exposition. Dans le grincement des haubans, le claquement des reins de la voilure, il a vu passer tant de bateaux qu’il sait que le matricule de la flotte d’amour ne s’apprend pas au poker. Si les pédalos n’étaient pas sous la coupe des marchands de glace, je suis sûr que les pores ne se boucheraient pas d’un usage de trop d’ombre solaire. Un vélo sur la mer m’amphibie, en me gardant bien hétéro. Il faudrait mettre des puces aux sirènes, on les entendrait venir de loin, là où se tient leur domaine tentaculaire de la séparation. Assis au bord d’une prochaine lune, posé du bout des fesses sur mon cerf-volant, le cri de l’oiseau-hunier scrute, prêt à ne rien taire. Mécréant, je lis dans le texte les pierres de Compostelle qui entourent la cabane. Sans rien dénaturer du Sacré que leurs clochers dressent au centre d’espaces non clos. Sur la corde tendue d’un horizon colin-maillard, l’archet ouvrira  l’aire quand le temps sera venu. Paradoxal mouvement, la silhouette d’enfants innocents, marche sous la protection d’une grand-mère veillant à les protéger des rites sorciers. Leurs châteaux font avec les sceaux et l’appel, le composant du rire aux lèvres de l’écume éternelle. Comme ce  qui reste de ce qui est passé, je procède du monte-lune, machiniste initié à l’emploi des cordes de la Vie, ne cherchant qu’à libérer le poumon du corps-mort .

Niala-Loisobleu – 11 Août 2017

P1050390

Un Caillou dans la Poche 1

2017 – Niala – Acrylique s/canson Aquarelle marouflé, encadré s/verre 40×50

Tristesse d’Olympio

Tourves - Pont romain - (2)

Tristesse d’Olympio

Les champs n’étaient point noirs, les cieux n’étaient pas mornes.
Non, le jour rayonnait dans un azur sans bornes
Sur la terre étendu,
L’air était plein d’encens et les prés de verdures
Quand il revit ces lieux où par tant de blessures
Son coeur s’est répandu !

L’automne souriait ; les coteaux vers la plaine
Penchaient leurs bois charmants qui jaunissaient à peine ;
Le ciel était doré ;
Et les oiseaux, tournés vers celui que tout nomme,
Disant peut-être à Dieu quelque chose de l’homme,
Chantaient leur chant sacré !

Il voulut tout revoir, l’étang près de la source,
La masure où l’aumône avait vidé leur bourse,
Le vieux frêne plié,
Les retraites d’amour au fond des bois perdues,
L’arbre où dans les baisers leurs âmes confondues
Avaient tout oublié !

Il chercha le jardin, la maison isolée,
La grille d’où l’oeil plonge en une oblique allée,
Les vergers en talus.
Pâle, il marchait. – Au bruit de son pas grave et sombre,
Il voyait à chaque arbre, hélas ! se dresser l’ombre
Des jours qui ne sont plus !

Il entendait frémir dans la forêt qu’il aime
Ce doux vent qui, faisant tout vibrer en nous-même,
Y réveille l’amour,
Et, remuant le chêne ou balançant la rose,
Semble l’âme de tout qui va sur chaque chose
Se poser tour à tour !

Les feuilles qui gisaient dans le bois solitaire,
S’efforçant sous ses pas de s’élever de terre,
Couraient dans le jardin ;
Ainsi, parfois, quand l’âme est triste, nos pensées
S’envolent un moment sur leurs ailes blessées,
Puis retombent soudain.

Il contempla longtemps les formes magnifiques
Que la nature prend dans les champs pacifiques ;
Il rêva jusqu’au soir ;
Tout le jour il erra le long de la ravine,
Admirant tour à tour le ciel, face divine,
Le lac, divin miroir !

Hélas ! se rappelant ses douces aventures,
Regardant, sans entrer, par-dessus les clôtures,
Ainsi qu’un paria,
Il erra tout le jour, vers l’heure où la nuit tombe,
Il se sentit le coeur triste comme une tombe,
Alors il s’écria :

 » O douleur ! j’ai voulu, moi dont l’âme est troublée,
Savoir si l’urne encor conservait la liqueur,
Et voir ce qu’avait fait cette heureuse vallée
De tout ce que j’avais laissé là de mon coeur !

Que peu de temps suffit pour changer toutes choses !
Nature au front serein, comme vous oubliez !
Et comme vous brisez dans vos métamorphoses
Les fils mystérieux où nos coeurs sont liés !

Nos chambres de feuillage en halliers sont changées !
L’arbre où fut notre chiffre est mort ou renversé ;
Nos roses dans l’enclos ont été ravagées
Par les petits enfants qui sautent le fossé.

Un mur clôt la fontaine où, par l’heure échauffée,
Folâtre, elle buvait en descendant des bois ;
Elle prenait de l’eau dans sa main, douce fée,
Et laissait retomber des perles de ses doigts !

On a pavé la route âpre et mal aplanie,
Où, dans le sable pur se dessinant si bien,
Et de sa petitesse étalant l’ironie,
Son pied charmant semblait rire à côté du mien !

La borne du chemin, qui vit des jours sans nombre,
Où jadis pour m’attendre elle aimait à s’asseoir,
S’est usée en heurtant, lorsque la route est sombre,
Les grands chars gémissants qui reviennent le soir.

La forêt ici manque et là s’est agrandie.
De tout ce qui fut nous presque rien n’est vivant ;
Et, comme un tas de cendre éteinte et refroidie,
L’amas des souvenirs se disperse à tout vent !

N’existons-nous donc plus ? Avons-nous eu notre heure ?
Rien ne la rendra-t-il à nos cris superflus ?
L’air joue avec la branche au moment où je pleure ;
Ma maison me regarde et ne me connaît plus.

D’autres vont maintenant passer où nous passâmes.
Nous y sommes venus, d’autres vont y venir ;
Et le songe qu’avaient ébauché nos deux âmes,
Ils le continueront sans pouvoir le finir !

Car personne ici-bas ne termine et n’achève ;
Les pires des humains sont comme les meilleurs ;
Nous nous réveillons tous au même endroit du rêve.
Tout commence en ce monde et tout finit ailleurs.

Oui, d’autres à leur tour viendront, couples sans tache,
Puiser dans cet asile heureux, calme, enchanté,
Tout ce que la nature à l’amour qui se cache
Mêle de rêverie et de solennité !

D’autres auront nos champs, nos sentiers, nos retraites ;
Ton bois, ma bien-aimée, est à des inconnus.
D’autres femmes viendront, baigneuses indiscrètes,
Troubler le flot sacré qu’ont touché tes pieds nus !

Quoi donc ! c’est vainement qu’ici nous nous aimâmes !
Rien ne nous restera de ces coteaux fleuris
Où nous fondions notre être en y mêlant nos flammes !
L’impassible nature a déjà tout repris.

Oh ! dites-moi, ravins, frais ruisseaux, treilles mûres,
Rameaux chargés de nids, grottes, forêts, buissons.
Est-ce que vous ferez pour d’autres vos murmures ?
Est-ce que vous direz à d’autres vos chansons ?

Nous vous comprenions tant ! doux, attentifs, austères,
Tous nos échos s’ouvraient si bien à votre voix !
Et nous prêtions si bien, sans troubler vos mystères,
L’oreille aux mots profonds que vous dites parfois !

Répondez, vallon pur, répondez, solitude,
O nature abritée en ce désert si beau,
Lorsque nous dormirons tous deux dans l’attitude
Que donne aux morts pensifs la forme du tombeau,

Est-ce que vous serez à ce point insensible
De nous savoir couchés, morts avec nos amours,
Et de continuer votre fête paisible,
Et de toujours sourire et de chanter toujours ?

Est-ce que, nous sentant errer dans vos retraites,
Fantômes reconnus par vos monts et vos bois,
Vous ne nous direz pas de ces choses secrètes
Qu’on dit en revoyant des amis d’autrefois ?

Est-ce que vous pourrez, sans tristesse et sans plainte,
Voir nos ombres flotter où marchèrent nos pas,
Et la voir m’entraîner, dans une morne étreinte,
Vers quelque source en pleurs qui sanglote tout bas ?

Et s’il est quelque part, dans l’ombre où rien ne veille,
Deux amants sous vos fleurs abritant leurs transports,
Ne leur irez-vous pas murmurer à l’oreille :
– Vous qui vivez, donnez une pensée aux morts !

Dieu nous prête un moment les prés et les fontaines,
Les grands bois frissonnants, les rocs profonds et sourds
Et les cieux azurés et les lacs et les plaines,
Pour y mettre nos coeurs, nos rêves, nos amours ;

Puis il nous les retire. Il souffle notre flamme ;
Il plonge dans la nuit l’antre où nous rayonnons ;
Et dit à la vallée, où s’imprima notre âme,
D’effacer notre trace et d’oublier nos noms.

Eh bien ! oubliez-nous, maison, jardin, ombrages !
Herbe, use notre seuil ! ronce, cache nos pas !
Chantez, oiseaux ! ruisseaux, coulez ! croissez, feuillages !
Ceux que vous oubliez ne vous oublieront pas.

Car vous êtes pour nous l’ombre de l’amour même !
Vous êtes l’oasis qu’on rencontre en chemin !
Vous êtes, ô vallon, la retraite suprême
Où nous avons pleuré nous tenant par la main !

Toutes les passions s’éloignent avec l’âge,
L’une emportant son masque et l’autre son couteau,
Comme un essaim chantant d’histrions en voyage
Dont le groupe décroît derrière le coteau.

Mais toi, rien ne t’efface, amour ! toi qui nous charmes,
Toi qui, torche ou flambeau, luis dans notre brouillard !
Tu nous tiens par la joie, et surtout par les larmes.
Jeune homme on te maudit, on t’adore vieillard.

Dans ces jours où la tête au poids des ans s’incline,
Où l’homme, sans projets, sans but, sans visions,
Sent qu’il n’est déjà plus qu’une tombe en ruine
Où gisent ses vertus et ses illusions ;

Quand notre âme en rêvant descend dans nos entrailles,
Comptant dans notre coeur, qu’enfin la glace atteint,
Comme on compte les morts sur un champ de batailles,
Chaque douleur tombée et chaque songe éteint,

Comme quelqu’un qui cherche en tenant une lampe,
Loin des objets réels, loin du monde rieur,
Elle arrive à pas lents par une obscure rampe
Jusqu’au fond désolé du gouffre intérieur ;

Et là, dans cette nuit qu’aucun rayon n’étoile,
L’âme, en un repli sombre où tout semble finir,
Sent quelque chose encor palpiter sous un voile…
C’est toi qui dors dans l’ombre, ô sacré souvenir ! « 

Victor Hugo

1280px-Pont_Romain1